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S'envoyer en l'air, les pieds sur terre

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Musique de l'Homme Libre

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L'homme libre à besoin d'un langage, un univers de phonèmes et de rythmes pour pouvoir s'exprimer, interagir avec son semblable, échanger des messages, discuter.

Le jazz est un paradoxe en lui-même, quoique je ne sois pas certain que ce paradoxe ne s'applique pas à la musique en général. Le jazz est un langage en soi, avec des codes, plusieurs cultures, un patrimoine. Pourtant, à la différence des autres langages, il semblerait qu'il ne s'adresse à personne. C'est un vecteur, un intermédiaire vers la transe, l'oubli de soi. Il s'adresse à une foule, sans qu'aucun des membres de cette foule ne puisse véritablement échanger avec son voisin.

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J'ai toujours eu le sentiment d'écouter le jazz de manière unilatérale. Je conçois le fait que l'ambition de la musique puisse être le partage, la communion, mais j'ai le sentiment que celle du jazz est beaucoup plus subtile. Avec ses rythmes, ses instruments si spécifiques, sa frénésie, sa liberté, j'ai l'impression que le jazz nous pousse à entamer une discussion avec nous-mêmes - et pas nécessairement avec l'autre. De la capacité du jazz à nous accoutumer à des routines rythmiques ou mélodiques en passant par sa propension à briser tous les liens qui nous obsèdent à longueur de journée, le jazz est une espèce de sésame pour la fuite ultime.

Il n'y a pas de façon d'écouter le jazz. Dans une conception très primaire du genre, il n'y aurait pas de grilles d'écoutes, pas de standards rythmiques ni de stéréotypes mélodiques. Il y aurait juste le ressenti, le frisson qui vous parcours l'échine quand la contrebasse vient relancer le saxo à la troisième minute. Le même ressenti qui vous pousse à fermer les yeux et à battre du pied en totale perte de contrôle. Seulement, certains puristes vous diront qu'il faut l'analyser, le découper, le décoder, l'interpréter - et oublieront certainement de l'écouter. Voire de l'entendre.

Parce que c'est aussi ça le jazz. C'est un des rares genres musicaux qui propose de nourrir à la fois les oreilles des puristes, que celles des mélomanes les moins affutés.

Réduire la sacro-sainte distinction qui existe entre "entendre" et "écouter", voilà peut-être la plus belle prétention du jazz.

 


Henri

Commentaires
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lio 02-11-2011 08:43:42

Le Jazz pour moi est une musique intemporelle, intergénérationnelle.

Ce sens de la liberté, d'une musique qui semble à mes oreilles de néophyte plus basée sur l’improvisation et l'oralité que la musique dit classique.
Marie Tromel 02-11-2011 19:29:19

Complétement en phase avec cette analyse qui intègre l'auditeur à la musique.
Et puisqu'il s'agit de ressentis, j'ajouterai l'étonnement que produisent les accords et la distorsion de la musique ; étonnement entendu comme faculté à recevoir du nouveau. C'est ça aussi le jazz : accepter d'être surpris.
Galiano nous jazz avec un accordéon : étonnant!
http://www.youtube.com/watch?v=quZuGOcmVQ0
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Henri est membre de Voldemag depuis le Mercredi, 09 Juin 2010.

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